Alexis Mabille : quand la haute couture entre dans l’ère de l’IA
Avec sa collection Haute Couture printemps-été 2026, Alexis Mabille signe un moment charnière pour la couture parisienne. Présenté au Lido, théâtre des Champs-Élysées, le défilé Hors-Champs ne se contente pas d’utiliser l’IA comme un outil : il fait basculer la couture dans un nouveau paradigme créatif et technologique.
Un défilé sans mannequins… mais pas sans vision
Dès les premières secondes, le dispositif brouille les repères. Le public réel fait face à un public virtuel, projeté sur un mur lumineux, dans un saisissant effet miroir. Les silhouettes n’arrivent pas du backstage, mais émergent de l’écran.
Le défilé se déroule dans un espace numérique parallèle, théâtral, dominé par des rouges profonds, des ors, puis une palette chromatique allant du fuchsia au vert émeraude.
La couture quitte littéralement le plateau physique pour s’installer dans un espace généré, où fluidité et structures prennent forme sans matière tangible.
Des pièces qui n’existent pas… et c’est précisément le sujet
Aucune robe présentée n’a encore été confectionnée. Et ce choix est central.
Les silhouettes virtuelles constituent une bibliothèque de créations couture, pensées pour être ensuite adaptées :
aux mensurations réelles des clientes,
à leurs morphologies spécifiques,
voire à leurs propres traits.
La couture ne disparaît pas : elle se déplace dans le temps. La création précède désormais la matière, ouvrant la voie à une haute couture augmentée, personnalisable et potentiellement plus inclusive.
Cinq mois de R&D pour une couture augmentée
Derrière ce défilé, cinq mois de travail ont été nécessaires, mobilisant designers, ingénieurs et spécialistes 3D.
Certaines silhouettes ont requis jusqu’à 300 itérations, preuve que l’IA n’est pas un raccourci créatif, mais un processus d’exploration exigeant.
Les matières, elles, restent bien réelles : crêpes, organza, soieries, laines sèches, plumes d’autruche. Sélectionnées physiquement, elles ont servi de références aux équipes techniques pour traduire reflets, volumes et comportements textiles dans l’univers virtuel.
« L’humain demeure nécessaire »
Alexis Mabille le revendique clairement :
L’idée était de prendre l’IA à contre-courant, pour montrer que l’humain demeure nécessaire derrière.
Ici, l’IA ne remplace ni la main ni l’œil. Elle prolonge l’intention créative, encadrée par des savoir-faire couture et une direction artistique précise. Sans vision humaine, l’algorithme ne produit que du bruit.
La couture face à la “vallée de l’étrange”
Le défilé assume aussi ses limites : légers glissements des mannequins, regards imparfaits, micro-décalages visuels. Cette “uncanny valley” rappelle que la couture virtuelle est encore en construction.
Mais Alexis Mabille transforme cette fragilité en geste narratif, en concluant le show par la représentation virtuelle de sa mère, Mireille Mabille, en robe de mariée d’organza. Une manière d’ancrer l’émotion, la mémoire et l’humain au cœur du dispositif technologique.
Ce que Hors-Champs change pour la couture
Ce défilé pose une question clé pour l’avenir du luxe :
👉 et si la couture devenait d’abord un système de création virtuel, avant d’être un objet physique ?
Pour la haute couture, souvent perçue comme éloignée de l’avant-garde technologique, Alexis Mabille ouvre un champ expérimental inédit :
nouveaux processus créatifs,
nouvelles formes de personnalisation,
nouvelles représentations du corps.
Artcare : quand l’IA visuelle devient un enjeu couture
Chez Artcare, nous observons cette bascule avec une attention particulière. Le défilé Hors-Champs illustre parfaitement ce que nous défendons : l’IA visuelle n’est pas un gadget, mais un nouvel espace de création, de projection et de relation au corps.
Les mannequins virtuels 100 % IA, les systèmes de visualisation et de personnalisation que nous développons s’inscrivent dans cette même logique : permettre aux marques de luxe et de couture de maîtriser leur image dans des environnements hybrides, physiques et numériques.
Vers une couture post-matière ?
Avec Hors-Champs, Alexis Mabille ne propose pas une collection au sens traditionnel. Il propose une méthode, une hypothèse, une direction.
La couture ne renonce ni à la main ni à l’émotion. Elle explore simplement un nouvel espace : celui où l’IA devient un outil de projection créative, au service d’un luxe plus flexible, plus personnel et plus expérimental.
La newsletter Artcare — Mode, Luxe & IA
Deux fois par mois, recevez dans votre boîte mail une analyse claire et stratégique de l’impact de l’intelligence artificielle sur la mode, le luxe et l’art. Tendances clés, signaux faibles et cas concrets, pour garder le contrôle sans subir le discours techno.
S’abonner à la newsletter