Quand l’IA remet en cause Van Eyck

L’intelligence artificielle n’est plus seulement un outil de génération. Elle devient un instrument d’expertise. Et parfois… de controverse.

Début février 2026, une analyse menée par Art Recognition (société suisse, en collaboration avec l’université de Tilburg) affirme que deux tableaux attribués à Jan van Eyck ne porteraient pas la “signature” du maître dans les coups de pinceau. Résultat annoncé : 91 % “négatif” pour la version de Philadelphie, 86 % pour celle de Turin.

Au-delà du cas Van Eyck, c’est un signal faible puissant : l’IA est en train de déplacer la frontière entre “attribué à” et “peint par”.

1) Ce que l’IA prétend mesurer

Ces outils s’appuient sur des modèles de machine learning entraînés à reconnaître des régularités visuelles : micro-gestes, rythmes de brosse, densité, transitions, structures de détails. L’objectif : identifier des patterns reproductibles, souvent invisibles à l’œil nu.

Mais il faut poser une règle simple :

• L’IA produit une probabilité, pas un verdict.
• Elle “voit” ce qu’on lui a appris à voir (données, qualité, biais).
• Elle reste sensible à l’état physique de l’œuvre.

Dans cette affaire, plusieurs experts rappellent un point clé : restauration, vernis, craquelures, altérations… peuvent perturber l’analyse des coups de pinceau.

2) Atelier, supervision, collaboration : le vrai sujet derrière le “faux”

Dire “pas de la main de Van Eyck” ne signifie pas automatiquement “faux”.

À la Renaissance, l’atelier est un système de production. On peut avoir :

• une composition conçue par le maître ;
• une exécution partielle par des assistants ;
• des retouches finales par le maître ;
• ou une réalisation complète sous supervision.

Dans le cas des Saint François…, l’hypothèse “œuvre d’atelier” revient au centre : cohérente historiquement, mais explosive symboliquement, car elle touche à la valeur culturelle et économique de l’attribution.

3) Pourquoi cette polémique concerne directement la mode, le luxe et l’e-commerce

Parce que la mode vit aujourd’hui la même bascule : la valeur se déplace de “l’objet” vers “la preuve”.

Dans un monde saturé d’images, les marques doivent pouvoir répondre à 3 questions, de manière robuste :

  1. Cette image est-elle authentique (ou manipulée) ?

  2. A-t-elle été produite dans un cadre maîtrisé (droits, process, validation) ?

  3. Est-elle cohérente avec l’ADN visuel de la maison (signature, proportions, détails, lumière) ?

C’est exactement le même débat que dans l’art, transposé au contenu e-commerce : quand l’IA devient un outil de production massive, la capacité à auditer et certifier l’image devient un avantage compétitif.

4) Vers une nouvelle “gouvernance de l’image” : de l’authentification à la traçabilité

Ce que révèle l’affaire Van Eyck, c’est l’arrivée d’un nouveau standard implicite : l’image doit être traçable.

Concrètement, pour les marques :

• constituer des bases de référence (styles, coupes, matières, détails) ;
• documenter les pipelines (brief, prompts, paramètres, retouches) ;
• mettre en place un contrôle qualité “human-in-the-loop” ;
• intégrer des métadonnées et une logique de preuve (process, versioning, validations).

On passe d’une logique “créative” à une logique “créative + vérifiable”.

© ARTCARE

5) Mannequins virtuels IA : quand la maîtrise visuelle devient une assurance qualité

C’est là que les mannequins virtuels IA prennent une dimension stratégique.

Dans l’e-commerce, l’enjeu n’est pas seulement de produire vite. C’est de produire :

• des visuels premium ;
• cohérents ;
• déclinables ;
• contrôlables (qualité, style, conformité) ;
• et compatibles avec les nouveaux usages (virtual try it on, contenus pour IA conversationnelles, catalogues enrichis).

Un mannequin 100 % IA n’est pas qu’un “visuel”. C’est un système de production d’images gouverné, qui réduit l’aléa et renforce la cohérence.

À retenir

• L’IA peut relancer des débats historiques en objectivant des signaux faibles.
• Le “pas de la main de” ne veut pas forcément dire “faux” : l’atelier est une réalité de production.
• Pour la mode et le luxe, la prochaine bataille n’est pas l’image… mais la preuve et la maîtrise de l’image.
• La traçabilité visuelle devient une infrastructure.
• Les mannequins virtuels IA s’inscrivent dans cette logique : produire plus, mais surtout produire mieux, et de façon contrôlée.

Et maintenant ?

À mesure que l’IA s’installe dans l’analyse comme dans la création, les marques qui gagneront seront celles qui sauront industrialiser une image premium, cohérente et auditée.

Artcare accompagne cette transition : mannequins virtuels IA, production visuelle contrôlée, cohérence esthétique, et intégration e-commerce pensée pour les nouveaux environnements IA.

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